Quel commentaire faites-vous concernant l’annonce du retrait de l’armée marocaine de Guergarate ?

Mohamed Ould Salek : L’armée marocaine ne s’est pas retirée de Guergarate. Elle y est toujours. Elle est dans le mur. C’est une confusion que les Marocains essaient de créer. Ils se sont peut-être retirés de deux cent mètres devant le mur, ils se sont mis devant le mur marocain depuis août dernier en violation du cessez-le-feu. Et s’ils se retirent de leur position, c’est pour créer la confusion comme quoi ils collaborent avec les Nations unies alors qu’ils ont expulsé la Minurso. Guergarate n’est qu’un petit problème dans le contexte d’un grand dossier. Le fait que le Maroc refuse de collaborer avec la Minurso, depuis 2012, l’envoyé spécial du SG de l’ONU est interdit par le Maroc de visiter le territoire.

Le Maroc refuse depuis 1994 l’organisation du référendum, et vous savez qu’il a même refusé la visite du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.  L’histoire de Guergarate est parce que le Maroc a violé le cessez-le-feu établi depuis 1991. On parle aujourd’hui, également, de trafic commercial et de mouvement de personnes mais cette situation que le Maroc essaie de créer n’existe pas. Le Maroc doit s’en tenir à l’accord du cessez-le-feu s’il veut réellement démontrer une volonté de collaborer avec les Nations unies et accepter le retour de la composante civile de la Minurso et, c’est là, où le SG et le Conseil de l’ONU doivent exiger du Maroc de collaborer sans conditions avec les Nations unies pour mettre fin à cette situation qui a trop duré et s’est trop prolongée. Donc, il faut que le plan du règlement doit être appliqué pour que Guergarate ne soit pas être l’arbre qui cache la forêt. Par conséquent, rien n’a changé. Le Maroc est toujours devant le mur que les Marocains appellent le mur de défense et que nous appelons mur de la honte, à Guergarate. Le Maroc doit respecter l’accord de cessez-le-feu, l’interdiction du mouvement commercial, et ne doit pas imposer une frontière avec la Mauritanie.

Comment expliquez-vous cette manœuvre ?

Etant un occupant, le Maroc essaie, avec l’aide de la France, de se présenter comme victime alors qu’il ne l’est pas. Il veut se montrer comme un pays qui collabore avec les Nations unies alors que c’est faux !

L’armée du Front du Polisario va-t-elle se retirer également ?

Non, l’armée sahraouie est chez elle, comment va-t-elle se retirer ? L’armée sahraouie sera toujours devant les troupes marocaines, où qu’elles soient. Tant que le Maroc refuse de mettre fin à son occupation, l’armée sahraouie sera toujours face à l’armée marocaine.

Ce retrait coïncide avec une campagne dans les médias français qui la relayent avec zèle. Quel en est l’objectif ?

L’objectif est de cacher que le Maroc occupe et refuse de collaborer avec les Nations unies. Aujourd’hui, on constate bien, malheureusement, depuis vingt-cinq ans, que le Maroc tergiverse avec la complicité de la France qui est membre du Conseil de sécurité. Le Maroc a refusé, jusqu’à aujourd’hui, à l’envoyé du SG de l’ONU de travailler. Le Maroc refuse les négociations, ce qui fait que rien ne bouge, et la France est satisfaite du statu quo.

Le Maroc a utilisé le drame des migrants subsahariens comme moyen de chantage vis-à-vis de l’Union européenne. Quels échos vous parviennent-ils de l’UE ?

C’est un chantage. Le Maroc essaie de tordre le bras à l’Union européenne, notamment à la France et à l’Espagne. «Si vous ne reconnaissez pas ma souveraineté sur le Sahara Occidental et si vous n’acceptez pas que les produits de ce territoire soient considérés comme produits marocains, alors, moi, j’ouvre la porte devant l’immigration.» C’est une opération de chantage claire et nette d’ailleurs, le ministre marocain de l’Agriculture ne l’a pas caché, en disant que si l’Union européenne n’honore pas ses engagements, dans le cadre des accords conclus avec le Maroc, ce dernier mettra fin au partenariat économique avec l’UE, sachant que la Cour européenne avait conclu que les produits provenant du Sahara Occidental ne sont pas inclus dans ces accords, dès le moment que l’UE ne reconnaît pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental.Le Maroc fait pression sur l’UE pour faire revenir la Cour européenne sur sa décision. Le Maroc veut faire comme chez lui, où la justice est à la solde de la monarchie alaouite. Il fait avaler à son peuple ce qu’il veut, et veut que les gouvernements européens fassent de même avec la Cour européenne.

Après l’UA, le Maroc veut adhérer à la CEDEAO. Quel dessein cache cette nouvelle stratégie entriste de Rabat ?

Après trente-deux ans, il s’est rendu compte qu’il est isolé dans son environnement régional et continental. C’est ce qui l’a amené à faire machine arrière. Nous constatons et nous enregistrons que le Maroc a signé et ratifié l’acte constitutif de l’Union africaine. Cet acte fait obligation à tous les Etats membres de respecter des frontières de l’époque coloniale. De ce fait, le Maroc doit se conformer à ce principe et mettre fin à son occupation. Il est en train de tergiverser et de manœuvrer mais, cette fois-ci, et en devenant membre de l’Union africaine, il va affronter une situation inédite et difficile car le Maroc est un pays qui occupe une partie importante du territoire de la RASD, qui est membre fondateur de l’UA. Il va se trouver dans une contradiction flagrante.

Le Polisario a posé plainte contre des sociétés ayant pêché dans les eaux territoriales sahraouies. Où en est ce dossier ?

La Cour européenne se penche sur ce dossier parce que l’Union européenne a conclu, justement, un accord dans le domaine de la pêche avec le Maroc, et celui-ci essaie implicitement de pousser l’UE à reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. La Cour a dit donc, qu’individuellement et collectivement, les Européens ne reconnaissent pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental et, par conséquent, les accords conclus avec le Maroc ne concernent que le territoire marocain. Ceci est une grande défaite pour le Maroc sur les plans juridique et politique.

Par Mohamed El-Ghazi in Algérie Patriotique du 27 février 2017

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