Misrata (Libye)

de notre envoyé spécial

Quelques cafés restent ouverts et la circulation demeure active jusqu’à 2h dans la ville de Misrata, 210 kilomètres à l’est de Tripoli et poumon économique et financier de la Libye. La ville est également connue pour être le fief central des Frères musulmans et de leur Parti de la justice et de la construction (PJC).

La situation sécuritaire est clairement au point. Il n’y a pas de barrages sur les routes, ni de présence armée spécifique, pouvant renseigner sur le chaos libyen, à part quelques brigades de la police, discrètement positionnées au niveau des ronds-points stratégiques de la ville. Seules les traces de bombardements sur quelques bâtiments, non encore rénovés, rappellent aux visiteurs que la guerre est passée par là, il y a quelques années.

Le café Cyclamen, près de la Maison d’art et de culture de Misrata, est bondé de clients, en ce début de soirée de week-end européen. La télé Smart 84 pouces diffuse le match du FC Barcelone. Quelques jeunes et moins jeunes suivent la rencontre avec attention et réagissent au développement du score sur la pelouse du New Camp. D’autres personnes présentes dans le café, l’allure intellectuelle, discutent de la situation politique. A l’ordre du jour, les tentatives de dissolution du conseil municipal élu de Misrata par le conseil militaire de la ville, plutôt nominé.

Misrata, ville martyre

Le militant associatif, Youssef Afat, président du conseil d’administration de l’association Cyclamen d’arts et de culture, pense qu’il est grand temps pour les gens de Misrata de déposer les armes et œuvrer pour l’édification de leur pays. «Il n’est pas question d’aller de nouveau en guerre, comme le veulent certains politiciens du conseil militaire de la ville qui n’ont pas compris que l’un des objectifs de la révolution libyenne, c’est d’installer le pluralisme politique», s’insurge-t-il, en rappelant que Misrata a payé un lourd tribut de sang pour chasser Mouammar El Gueddafi en 2011 et, de nouveau, lors de l’opération Bouclier soudé, pour chasser Daech de Syrte, en 2016. Pour Youssef, les autres courants politiques, comme l’Alliance des forces nationales de Mahmoud Jibril, ou les salafistes, sont des expressions politiques qui ont droit à l’existence, tout comme le PJC des Frères musulmans.

Cet intellectuel et ses amis n’ont pas non plus de problème avec le général Khalifa Haftar. «C’est grâce à lui que la population de l’Est libyen s’est affranchie des extrémistes de Daech et Ançar Charia. Personne ne peut lui nier un rôle sur l’échiquier politique, sans pour autant revenir à une dictature militaire», affirme l’ingénieur Fathi Ghanem, qui appelle à chasser les milices de l’intérieur des villes, notamment la capitale Tripoli, et établir un jeu politique démocratique en Libye.

A l’image de ces intellectuels, le membre du conseil municipal élu de Misrata, Boubaker Hriche, sonne l’alarme à propos de l’avenir de la ville. Il insiste auprès d’El Watan sur le fait que «Misrata est une ville meurtrie et fatiguée, avec un nombre hallucinant de martyrs, blessés, orphelins, veuves, sans parler de la croissance exponentielle des maladies mentales et des cas de dépendance à la drogue».

Cet universitaire attire l’attention sur le fait que «les jeunes quittent de plus en plus les bancs des lycées et des universités, alors que les commerçants peinent à dessiner leurs perspectives, eux qui constituaient l’épine dorsale de l’économie libyenne». M. Hriche ne voit de solution que dans la réconciliation nationale. Il appelle tous les belligérants de la scène libyenne à comprendre que la guerre est une catastrophe. «Lorsque l’on s’entre-tue au sein de la même patrie, c’est une source de rancœur et de haine.

Nos mains resteront toujours tendues pour rétablir la réconciliation entre nous, malgré les appels de certains à nous remettre sur les terrains de la guerre», explique-t-il.  L’attitude de ce membre du conseil municipal de Misrata rejoint des voix de la société civile libyenne à Tripoli et dans d’autres régions de la Libye pour aller de l’avant vers la réconciliation nationale en Libye, l’unique solution possible pour entrevoir une sortie de crise, dans un pays où la population ne cesse de souffrir de la chute du pouvoir d’achat et de la détérioration des services, sans parler de l’insécurité croissante, notamment à Tripoli.

Mourad Sellami in El Watan du 27/03/2017

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