Le projet de l’état-major de l’Armée égyptienne de faire asseoir le maréchal Khalifa Haftar, commandant en chef de l’Armée nationale libyenne (ANL), et le président du Gouvernement d’entente nationale (GEN), Faïz Sarraj, autour d’une même table est tombé à l’eau. Les deux hommes ont quitté cet après-midi Le Caire sans se serrer la main ni même se rencontrer. La rencontre devait permettre aux deux parties de trouver un accord sur la place de l’ANL et de son commandant en chef dans un gouvernement d’entente remanié.

Selon des échos en provenance de la capitale égyptienne, le chef du Gouvernement d’entente nationale (GEN), reconnu par la communauté internationale, n’a pas voulu signer de chèque en blanc au maréchal Haftar. Le commandant en chef de l’ANL et son parrain égyptien veulent que Sarraj capitule et hisse le drapeau blanc. En clair, ils attendaient à ce qu’il donne des garanties que leur accord – dont les lignes sont à peine tracées – ne serait en aucune manière rejeté par les forces en présence à Tripoli. Garanties que Faïz Sarraj ne pouvait bien évidemment pas donner. Il n’est pas question pour lui que le maréchal Haftar ne rende de comptes à personne dans le cas où il viendrait à intégrer le GEN.

Le désaccord entre Tripoli et Tobrouk tourne autour de qui dépendra la future armée libyenne unifiée. Le maréchal Khalifa Haftar refuse, en effet, de s’en remettre à un gouvernement qui serait dominé par des personnalités issues de partis ou de milices affiliés à la confrérie des Frères musulmans. C’est du moins la raison qu’il avance officiellement. Dans ses nombreuses déclarations à la presse, l’ancien officier supérieur de l’armée de Mouammar Kadhafi a clairement indiqué qu’il ne sera tranquille que lorsqu’il aura débarrassé la Libye des Frères musulmans et des milices salafistes qui, selon ses dires, tiennent en otage la population libyenne.

Dans un long entretien accordé récemment au journal français Le JDD, le maréchal Haftar, qui est soutenu par l’Egypte, les Emirats arabes unis et la France, a accusé clairement la Turquie, le Qatar et le Soudan d’aider financièrement et militairement les Frères musulmans libyens. Il a dit également refuser de participer à un gouvernement dans lequel siégerait Abdelhakim Belhadj, ancien membre du Groupe islamique combattant (GIC) et actuellement chef militaire à Tripoli. De leur côté, les partis libyens affiliés à la confrérie des Frères musulmans et dont la plupart se trouvent dans l’Ouest libyen refusent de se laisser diriger par ce qu’ils appellent un «nouveau Al-Sissi».

En réalité, la ligne de conduite de Khalifa est dictée par Le Caire. L’Egypte perçoit la crise libyenne comme un prolongement de sa politique intérieure. Son approche est mue uniquement par des considérations purement sécuritaires. L’entêtement de Haftar dérange Alger au plus haut point, car il veut faire cavalier seul. Il se croit fort parce qu’adoubé par Al-Sissi et les Emirats, ennemis des Frères musulmans.

Le règlement de la crise libyenne dépend en grande partie, en réalité, de la capacité de l’ONU et des partenaires régionaux de la Libye, comme l’Algérie, à rapprocher ces deux points de vue très divergents. C’est le dur défi que s’est fixé l’Algérie, essayant depuis plusieurs mois de convaincre les uns et les autres de se lancer dans un dialogue inclusif duquel ils ressortiraient avec un Smig politique. Smig qui leur permettrait de s’entendre sur une période de transition et d’organiser par la suite des élections desquelles sortirait un gouvernement crédible et légitime.

Contrairement à l’Egypte qui ne pense qu’à ses intérêts, l’Algérie présente l’avantage d’avoir de bonnes touches avec tous les acteurs du conflit. Mais cela ne veut pas dire que c’est gagné d’avance, car la crise libyenne est complexe, comme le démontrent chaque jour les faits.

Par Khider Cherif in Algérie Patriotique du 15/02/2017

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