Une fois n’est pas coutume, le 28e sommet de l’Union africaine (UA) est un événement très attendu à travers tout le continent. Ce sommet — dont les travaux ont débuté mercredi dernier avec le 30e Conseil exécutif qui rassemble les ministres des Affaires étrangères des 54 pays membres — intéresse tant car il aura à se pencher, lundi prochain, sur trois importants dossiers. L’un porte sur la désignation d’un successeur à l’actuelle présidente de la Commission de l’organisation panafricaine, la sud-africaine Nkosazana Dlamini-Zuma, le second concerne l’étude de la demande d’adhésion du Maroc.

Quant au président tchadien Idriss Déby Itno, il aura également à passer le flambeau de la présidence de l’UA. Au-delà des enjeux qu’induisent la demande d’adhésion du Maroc et la rotation à la présidence de l’UA, c’est surtout la question de la succession à la tête de la commission de l’Union africaine qui donne lieu à un intense travail de coulisses et qui suscite le plus grand intérêt.

C’est que le fauteuil de Nkosazana Dlamini-Zuma est convoité par 5 prétendants. La question de la succession avait déjà été posée lors du précédent sommet, à Kigali, en juillet 2016, mais l’organisation avait décidé de reporter le vote, estimant que les deux candidats en lice n’avaient pas suffisamment de «coffre». Outre, donc, la Botswanaise Pelonomi Venson et l’Equato-Guinéen Agapito Mba Mokuy qui avaient annoncé dès le mois de juillet dernier leur candidature, on retrouve cette fois dans la compétition la Kényane Amina Mohamed, le Tchadien Moussa Faki Mahamat, et le Sénégalais Abdoulaye Bathily, ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale. En revanche, les autres candidats ont tous été ministres des affaires étrangères.

Vers un duel entre Mohamed et Mahamat

Selon des échos de la capitale éthiopienne où doit se tenir le 28e sommet de l’UA, l’ancienne ministre kényane des Affaires étrangères tiendrait la corde. En plus du soutien de la communauté de l’Afrique de l’Est, elle a reçu l’assurance de nombreux pays de l’Afrique australe dont est originaire la présidente de la commission de l’Union africaine sortante qu’ils voteront en sa faveur. Ce soutien se justifie par le fait qu’Amina Mohamed s’est clairement engagée à poursuivre les réformes engagées par Mme Zuma et à maintenir le cap donné à l’UA. Le Tchadien Moussa Faki Mahamat aurait cependant gardé ses chances intactes, surtout qu’il est réputé pour sa maîtrise des grands dossiers africains.

Comme ce fut le cas par le passé, les pays d’Afrique du Nord devraient jouer le rôle d’arbitre dans cette élection. Ils pourront faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre. Cependant, aucun pays du Maghreb n’avait, jusqu’à hier, donné un indice sur ce que pourrait être son choix. Bien qu’il ne soit pas membre de l’Union africaine, le Maroc a toutefois fait campagne en faveur de Abdoulaye Bathily. Considérant déjà comme acquise son adhésion à l’organisation panafricaine, Rabat estime que l’ancien représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique centrale est le plus à même d’aller dans le sens de ses intérêts. Le Maroc et le Sénégal partagent la même position sur de nombreux dossiers internationaux, à commencer par le conflit du Sahara occidental.

Les raisons d’une adhésion

De nombreux observateurs pensent toutefois que quelle que soit la personnalité qui succèdera à Mme Zuma, le Maroc n’aura d’autre choix — si son adhésion venait à être actée — que de se plier au règlement de l’UA et de se conformer à la discipline d’ensemble de l’organisation. Dans l’absolu, rien ne devrait plus empêcher le Maroc d’adhérer à l’union africaine après la ratification par son Parlement de l’acte constitutif de l’Organisation. Une ratification par laquelle il s’est engagé à respecter les principes fondateurs de l’UA. Selon les termes de l’Acte constitutif de l’UA, les Etats membres sont tenus de régler leurs différends par les voies pacifiques et le Maroc qui aspire à devenir le 55e membre de l’organisation panafricaine est appelé à respecter la souveraineté des pays membres et les frontières héritées aux indépendances.

Une chose est sûre, le sort du Maroc est désormais entre les mains des chefs d’Etat et de gouvernement africains qui voteront à huis clos lors du sommet. Une majorité des deux tiers est requise, soit l’accord de 36 pays africains sur les 54 membres de l’UA. Pour le Maroc, l’adhésion à l’Union africaine est une question de vie ou de mort.

Le roi Mohammed VI a fini par comprendre que continuer à évoluer à la marge de l’organisation panafricaine pouvait être asphyxiant économiquement et ruineux politiquement pour son pays. C’est la raison pour laquelle il n’a plus hésité à déposer sa demande d’adhésion sur le bureau de Nkosazana Dlamini-Zuma, à reconnaître chemin faisant la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui est l’un des membres fondateurs de l’UA et à accepter de prendre place avec des membres du Front Polisario. Un moment d’ailleurs célébré par les Sahraouis comme une victoire.

Pour l’ambassadeur de la RASD à Alger, Bouchraya Biyoune Hamoudi, la demande du Maroc d’adhésion à l’organisation panafricaine constitue «une victoire et un acquis grandioses pour les Sahraouis». «34 ans après, le Maroc constate l’échec de sa politique coloniale et qu’il doit respecter les Africains et se soumettre aux décisions de l’UA», a-t-il soutenu mercredi dans une conférence-débat.

Par Zine Cherfaoui in El Watan du 28 janvier 2017 

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